
Roman traduit de l'hébreu
par Dominique Rotermund
publié avec le concours de l'Institut
pour la traduction de la littérature hébraïque
Editions ZULMA
Site de l'éditeur sur l'ouvrage: ici
Isbn 978-2-84304-434-2
Un grand moment de lecture que ce roman dont la traduction française a été si longtemps attendue, et lauréat du grand prix du salon du livre 2008!
Un petit garçon grassouillet et ayant un léger problème de coordination, vivant en Israël, Yotam, traîne partout avec lui le magnétophone que son père lui a offert, "my first sony". Je ne sais pas si vous vous souvenez de ces magnétophones pour enfant, en plastique rouge, jaune et bleu, et avec de grosses touches pour les petites mains maladroites? He bien, c'est celà.
Donc Yotam assiste, avec son frère Shaoul et sa petite sœur Naama, aux maintes péripéties familiales et déchirures qui émaillent leur vie quotidienne: un père dramaturge en panne d'inspiration qui ne cesse de quitter sa femme pour une autre, puis de revenir. Le père est un grand enfant foncièrement malheureux, flambeur et sans le sou, torturé et bourreau de ses proches. Sa maîtresse qui tente de séduire tant bien que mal les enfants. Son épouse, à bout de force, tente tant bien que mal de vivre malgré (ou avec) cela, avec le support de ses amies. Les grands parents, qui vivent et puis meurent, et qui représentent un peu la mémoire d'Israël, des premiers colons, des camps à l'arrivée des immigrés, des crises identitaires de l'état hébreu., le poids silencieux de la Shoah. Au sein d'une même famille, des personnes différentes, des opinions politiques différentes, des Seder (grandes réunions familiales) qui se terminent en sucette, des juifs orthodoxes, des secrets et des non dits ...
Tout cela raconté du point de vue à la fois naïf, lucide et brutal (de la "brutalité" propre à l'enfant) de Yotam, dans un style assez unique - longues phrases ponctuées de virgules, qui s'enchainent de façon assez étourdissante, comme les idées dans la tête du narrateur. On alterne les épisodes rocambolesques et les passages tendres et touchants, tristes, qui donnent presque envie de pleurer.
My first Sony est un magnifique moment, bouleversant et drôle, sans concession, qui offre un reflet fidèle de ce que peut être la société israélienne et ses doutes, et la famille. La fin tragique lui donne un relief vraiment particulier.
Interview de l'auteur ici
Un extrait?
Amalia ne se contentait pas de grossir puis de maigrir, trois ou quatre fois par an. Elle se mariait et divorçait également beaucoup et sa couleur de cheveux changeait en fonction des saisons, passant du noir corbeau aux mèches, puis au blond et au roux, et tantôt ses cheveux étaient tressés à l'africaine, pour être permanentés l'instant d'après, puis bouclés, puis crépus, et soudain, ils raccourcissaient, puisque va savoir quelle coiffure son âme soeur allait préférer, laquelle existait certainement quelque part, elle ne l'avait simplement pas encore rencontrée, et on n'avait pas le droit de désespérer et il fallait continuer à chercher sans relâche, parceque sur les deux milliards d'hommes, ou Dieu sait combien il y en a, qui peuplent la surface de la terre, et qui partent en guerre et gagnent de l'argent et sont artistes et font des découvertes, il y en a bien un qui lui correspond. Elle n'avait qu'à être au bon moment au bon endroit, et avoir l'apparence qu'il faut. Attendre à l'un des carrefours animés, dans lesquels, comme dit papa, elle tend ses pièges et ses embuscades, et un jour, son promis finira bien par croiser son chemin (...)
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