Truman CAPOTE - Monsieur Maléfique et autres nouvelles

Titres originaux:
Master Misery
Children on their Birthdays
Shut a final Door
Extraits du recueil "Un arbre de nuit et autres histoires"
Nouvelles traduites de l'américain
par Serge Dourovsky et Maurice Edgar Coindreau
Editions Gallimard-Folio 2€
ISBN 978-2-07-031699-1
Mon premier Truman Capote, et je dois dire que je n'ai pas été déçue, j'ai beaucoup apprécié le style énigmatique, presque magique de cet auteur, mêlant avec allégresse les ambiances oniriques et de polar noir (soit dit en passant je n'ai jamais lu de polar rose).
Donc, trois nouvelles.
Dans monsieur Maléfique (celle que j'ai préférée car l'histoire et ses protagonistes avaient une dimension touchante, émouvante, qui n'est pas aussi sensible dans les autres), nous assistons à la déchéance progressive de Sylvia qui vend ses rêves pour une bouchée de pain à M. Revercomb, autrement appelé par ses anciens fournisseurs "Monsieur Maléfique". Car celui qui vend ses rêves finalement vend peu à peu toute son âme. Cette version un peu modernisée de Faust révèle le caractère inexorable de la descente aux enfers. Pour vendre un rêve, il faut en faire, et il faut donc boire ou gober des pilules, c'est un travail à plein temps. Un dialogue, une amitié entre êtres brisés se noue, allant de rires désespérés en promesses d'ivrognes.
Tels des enfants le jour de leur anniversaire est aussi l'histoire d'une chute, d'un choc, mais cette fois au sens propre. Miss Bobbit, jeune fille incroyable et fascinante, débarque avec sa mère dans une ville tranquille et perdue. Elle réussit des choses sensationnelles, est entreprenante et ambitieuse, et attire les hommages fiévreux de tous les jeunes garçons du coin ... au grand dam des autres filles, maugréantes et vitupérantes. et puis un jour, l'horizon Holliwoodien s'offre à elle. Mais chez TC peut-être que les histoires, même sans amour, finissent mal, en général.
Enfin, la même atmosphère d'espoir déçu, d'existence et d'ambition inabouties, se retrouve dans la dernière nouvelle "Une dernière porte est close". Un jeune arriviste aux dents longues est pistonné par son amie (amoureuse) pour travailler au sein de la même entreprise de publicité qu'elle. Le jeune homme se prend à rêver de grandes destinées, d'amitiés et de fréquentations flamboyantes, lorsque son patron le prend sous son aile. Le parfum des paillettes l'enivre et il se coupe de son ancien univers. Mais la roue tourne, et il provoquera lui-même sa chute. On ressent bien, en filigrane, l'aspect de la tentation diabolique, de l'illusion dorée, et de la vanité comme instrument de perdition.
Le tout est bien écrit, même si parfois un tantinet désuet, et c'est une très belle découverte que je viens de faire (il n'est jamais trop tard ...).

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