Saturday, November 28, 2009

Alice Kaplan - Intelligence avec l'ennemi

Le procès Brasillach
traduit de l'américain par Bruno Poncharal
Editions Gallimard - Collection Folio
ISBN2-07-030114-1


Documentaire très riche en références, bien documenté, et gardant un recul certain vis à vis du "mythe" Brasillach et de sa récupération politique.

Vie et oeuvre de Brasillach, normalien brillant mais fasciste, polémiste acerbe, journaliste collaborateur et pro allemand, écrivain à la personnalité atypique. Ayant mis tout son talent au service de la puissance allemande occupante.

Rappel de la période de l'Epuration, des nombreux procès de cette période, et, bien sur, analyse du procès de Brasillach: protagonistes, enjeux, déroulement marqué par la "prestation" de brasillach, impressionnante de sang froid, mais qui ne lui sauvera pas la vie, par les réquisitions du talentueux Marcel Reboul et la défense habile d'Isorni, qui plaidera par la suite en faveur de Pétain et de Laval.

Question de fond: la plume suffit elle a trahir? Existe-t-il un "crime de plume" contre l'humanité?

Dans quelle mesure un écrivain trahit-il son pays (puisque ce n'était pas l'antisémitisme de Brasillach qui était au coeur du procès, mais la trahison de la France - le régime de vichy ayant entre-temps était déclaré illégal par de Gaulle)? Grandeur quasi religieuse de Mauriac qui mettra toute sa force en vue d'un "pardon chrétien" des intellectuels collaborateurs, intransigeance de Camus qui réclamera justice.

Plus largement, beaucoup de questions sont soulevées sur le role des institutions (y compris la magistrature), de la presse, sous vichy - le symbolisme des procès politiques qui s'ensuivirent, sur la naissance du mythe de Brasillach et son exploitation par l'extreme droite française - a la recherche d'un nouveau souffle.

Et on apprécie la rigueur intellectuelle de l'auteur qui a l'élégance de ne pas formuler de réponse. Un ouvrage réellement intéressant. Je vous conseille d'ailleurs de lire à son sujet le rigoureux et excellent compte rendu de Sapiro Gisèle. "Alice Kaplan Intelligence avecl'ennemi. Le procès Brasillach , Annales". Histoire, Sciences Sociales, 2002, vol. 57, n° 6, pp. 1688-1691.

Wednesday, November 25, 2009

Frédéric Mitterrand – La mauvaise vie

Roman autobiographique

Editions Robert LAFFONT – Pocket

ISBN 978-2-266-15717-9

J’étais passée complètement à côté de cet ouvrage lorsqu’il est paru la première fois, et à force d’entendre tout et n’importe quoi quelqu’un qui avait la flemme de le lire me l’a fourni contre lecture et avis.

Cet ouvrage, qui a d’ailleurs une suite dédiée aux paillettes cannoises, relate certains épisodes de la vie de Frédéric Mitterand, que ce dernier raconte aux fur et à mesure qu’ils viennent, par clichés, tantôt tendres et nostalgiques, tantôt révélateurs d’une misère humaine et d’une quête impossible. Un mal-être latent baigne le récit, le regard bruisse sur un lit de regrets, de non dits, de silences coupables et de larmes rageuses. Une enfance pleine de charme mais générant déjà son lot de tristesse et d’actes manqués. Une adolescence frémissant sous la séduction des interdits qui sont là, cerbères silencieux d’une société et d’un milieux alors terriblement conventionnels. L’âge adulte, ces élans sentimentaux maladroits et plein de ferveur, touchant de sincérité et de naïveté, ces épisodes glauques et misérables des bars gays de Bangkok et des bordels de Jakarta.

Mais jamais le lecteur ne finit vautré dans le stupre où la fange car une pudeur sensible, une retenue touchante de l’auteur maintiennent une certaine distance.

J’aurais voulu être un autre, vivre une autre vie.

Concernant l’écriture, j’ai personnellement bien aimé le flot plein d’images parfois oniriques qui parcourait ces pages, ça reste fluide en dépit de quelques lourdeurs occasionnelles, et on a de vrais moments d’émotions. Quelques mots crus mais assez peu. Bien sûr, il ne faut pas s’aventurer dans un tel récit si le principe même de l’exorcisme par l’écriture vous rebute, ou si les autobiographies vous agacent. Cet ouvrage m’a offert de beaux instants, mais je ne pense pas oursuivre l’aventure avec la suite.

François Xavier du littéraire.com est très décu et estime que « ce n’est pas sur la place publique que l’on règle ses problèmes », mais « avec sa conscience et, accessoirement, l’aide d’un praticien » (Pourtant le quart de couverture est très explicite sur ce point… ) A titre personnel j’estime que cette maxime quelque peu fermée tendrait à verser au rebus tout un pan de la littérature, celle qui analyse et exorcise son auteur.

Les critiques libres sont au mieux dubitatives, au pire assommées par le livre.

Mais il y a (aussi de bons échos). Ainsi le Nouvel obs salue « le mélange de courage dans l'aveu et de retenue dans l'expression. Aucun déballage obscène. Tout est dans l'allusion, dans le non-dit, dans ce frémissement fiévreux et timide », Olympia parle de style plein de grâce et d’aisance

Tuesday, November 24, 2009

Tahar Ben Jelloun - La nuit de l'erreur


Roman

Editions du Seuil, janvier 1997
ISBN 2-02-021595-0

J'ai trouvé ce livre dans le ferry qui me ramenait de corse après la rando de l'été 2008.

Mais je suis très déçue, car tandis que j'avais vraiment bien aimé, du même auteur, l'auberge des pauvres, je n'ai pas réussi à finir "la nuit de l'erreur", dont j'ai très péniblement parcouru les trois quarts, sans parvenir vraiment à entrer dans l'histoire.

zina n'a pas de chance elle est né la nuit où son grand-père est décédé le jour de sa naissance, et du coup elle est frappée d'un mauvais sort et est vouée à semer le malheur autour d'elle. Bien sûr c'est une très belle femme dont les hommes tombent tous amoureux. Le récit se veut sensuel, charnel, capiteux, mais j'ai trouvé la narration excessivement lourde, et il m'a été impossible d'y accrocher.

Néanmoins si quelqu'un veut bien me convaincre que je suis passée à coté d'un monument de la littérature marocaine, je suis open.

Françoise Sagan - Toxique


texte illustré par Bernard Buffet

Editions Stock
ISBN 978-2-234-06367-9


Ouvrage très sombre, mais très poétique, de F. Sagan qui raconte sa cure de desintoxication (la prise répétée d'un dérivé de la morphine après son accident de voiture l'avait rendu complètement accro). des bribes, comme autant de cendres qui volent au vent, se déposent sur le papier noirci par les traits caractéristiques de Dubuffet.

Et on s'imagine derrière une fenetre, dans la fraicheur humide et poisseuse d'un après midi d'automne, enfermée dans une chambre sobre à en mourir, à regarder au loin un parc où déambulent des silhouettes incertaines.

Une fièvre glacée, la peur, la lassitude, mais aussi l'espoir.

J'avais 16 ans,
J'ai eu 16 ans
je n'aurai plus 16 ans
Moi qui me sens la jeunesse même
Je n'ai pas vieilli en fait,
je n'ai renoncé à rien

Très bel ouvrage, très sensible.

Anton Tchekhov – Psychopathes (inédit) suivi de Règles du jeu à l’usage des écrivains novices

Nouvelles traduites du russe par Lily Denis

Ouvrage hors commerce édité pour le dixième anniversaire des éditions des Syrtes

Editions des Syrtes

ISBN 978-84545-149-0

« Mini livre » très gentiment envoyé avec « Berlin Stasi » à l’occasion du dixième anniversaire des éditions des syrtes, une maisons gagnant à être connue – surtout pour les amoureux de la littérature russe ou d’Europe centrale.

Une saynète ainsi qu’un article décapant du courrier des lecteurs à l’usage des jeunes écrivains.

« Psychopathes », inédit, figure un dialogue comme il s’en entend souvent autour des comptoirs enfumés, désespéré et désespérant, entre Gricha « lieutenant à la retraite, personnage vivant aux dépens de papa – maman » et son père Sémione Alexéitch Nianine, «conseiller titulaire au tribunal de commerce d’un trou de province» . Un dialogue poussif, constellé de poncifs, brassant les banalités absurdes de la situation internationale à l’affaire judiciaire du moment, interrompu par Fiodor qui peste contre ces péroraisons ineptes. Et à la fin ils se couchent, sous une chape de médiocrité et de petitesse « et chacun, un ver le ronge ».

« Règles du jeu à l’usage des écrivains novices » est un cadeau d’anniversaire publié en l’honneur du 20ème anniversaire du Boudilnik, au sein duquel Tchekhov publiait régulièrement. C’est génial, drôle, mordant et intemporel. On y apprend que « tout homme sensé doit (…) se garder d’écrire ». Mais Tchekhov est charitable et confie un certain nombre de préceptes (18) afin d’adoucir le sort de celui qui persisterait dans cette funeste voie. Par exemple:

  • Mieux vaut écrire à titre accessoire que principal « la vie d’un chauffeur qui écrit des vers vaut mieux que celle d’un poète qui n’exerce pas le métier de chauffeur
  • Eviter d’avoir trop de succès afin d’éviter « l’incessante quête de ses droits d’auteur»
  • « Il n’est pas d’ineptie qui ne trouve de lecteur idoine »
  • Il faut avoir du talent, « ne serait-ce que gros comme une lentille. Vu l’absence de grands talents, on tient aux petits »
  • Eviter les à valoir qui sont des freins pour l’avenir

Bref, les tips indispensables du jeune écrivain, dispensés avec un ton à la fois drôle et paternel, un très grand moment !

Monday, November 23, 2009

L.C. TIFFANY - Couleurs et lumières: exposition et catalogue associé


Envie de rêver au sein de la grisaille hivernale pour 12 € TTC ?

Optez donc pour l'exposition monographique dédiée à ce légendaire créateur américain, peintre et génie de l'art verrier, virtuose de la lumière et de la couleur. Cette exposition, issue d'une étroite collaboration avec Montreal, Richmond et NYC, évoquera certainement à votre esprit ébahi les réalisations de Gallé ainsi que celle de Lalique (exposition sublime de 2007 avec le même scenographe M. Le Gall).

Inspirations issues de l'observation attentive de la faune et de la flore, végétaux et insectes sont autant de sujets. Délicatesse et vivacité des couleurs, maîtrise technique et innovation, jeux d'ombres et de lumière, couleurs, textures, matières... Mosaïques, vases, vitraux (sur le montage de l'expo je vous conseille ce lien), peintures, lampes, objets divers: la quintessence de l'art décoratif, à la renommée duquel LC Tiffany aura très amplement contribué.

Cette exposition est un superbe moment (trop court hélas!) à ne manquer sous aucun prétexte - d'autant plus que vous avez jusqu'au 17 janvier ... après, le musée ferme :( !!!

Pour vous en convaincre je vous invite à jeter un coup d'oeil sur le dossier de presse.

Le catalogue, qui reprend, outre l'histoire de M. Tiffany, les oeuvres exposées, est un incontournable pour qui a aimé l'exposition - d'autant plus que les photos sont interdites:


Enjoy!

Monday, November 02, 2009

Il se fait tard

Une solitude qui bruisse au loin
comme le gémissement d'une cathédrale
Ouverte aux quatre vents